Nanotikal
La Recherche, N°407 - Avril 2007
La SF allemande se porte bien : après Andreas Eschbach, au talent mondialement reconnu, Nanotikal, le premier roman de Marcus Hammerschmitt à bénéficier d'une traduction française, nous permet de découvrir l'univers de cet auteur singulier.
Nanotikal, construite sur les ruines de Compostelle, est la plus puissante des cités-Etats « NanoMayas ». Ironie de l'Histoire, les descendants d'une civilisation jadis opprimée et presque exterminée par les Espagnols ont en effet envahi la péninsule Ibérique au XXIe siècle et dominent une partie de l'Europe, grace a leur maitrise des nanotechnologies qui, outre la suprématie militaire, leur a permis de reproduire sur le sol conquis les cités de leurs ancêtres, ainsi que leur environnement, forêt dense comprise!
En cet été 2136, Tikal reçoit la visite intéressée du nonce apostolique : en échange d'un codex rapporté par un conquistador et retrouvé dans les archives du Vatican, le légat du pape (qui rêve en secret de chasser l'envahisseur païen et de recouvrer son ancienne domination) réclame au roi de Tikal le droit d'extraire du sous-sol de sa cité les restes présumés de saint Jacques. Mais pour Yaqui, le censeur de la cité, spécialiste des idéogrammes mayas et du déchiffrement de leurs sens cachés, ce texte est un faux forgé par Rome. Dans quel but?
Le mérite de l'auteur est d'avoir donné à ce monde improbable une cohérence, une simplicité, une évidence telles que l'on y adhére d'emblée. Les fantasmagories produites par des nanoparticules façonnant à l'envi des entités virtuelles et materielles à la fois, le choc de cultures contrastées, l'univers mythologique d'une civilisation à la fois archaïque et raffinée metamorphosée par une technologie aux possibilités terrifiantes: tout se plie à l'écriture sobre et sans effets d'un romancier avec lequel il faudra désormais compter. WW I. K.